Et voilà.
De retour, avec des souvenirs pleins la tête. C’était trop court. C’était trop bien. Je suis toujours une groupie mais je m’en fous, j’assume.
Premier jour : mercredi, cinq heures du mat, impossible de dormir. Je pars dans cinq heures pour gare de Lyon, mais je préfère papoter avec Ana sur MSN – elle non plus n’arrive pas à dormir, nous sommes dans le même état d’excitation.
Onze heures du mat, gare de Lyon : pour une fois je suis à l’heure, j’ai composté mon billet de train, acheté des cigarettes, mon sac pèse à peu près quinze tonnes et je me demande si je n’en ai pas trop emmené avec moi – plus tard je m’apercevrai qu’en fait, non, compte tenu du fait que je me suis changée à peu près trois fois par jour à cause de la chaleur. Ana est à l’heure aussi, Eva arrive en fauteuil roulant à cause d’une double entorse à la cheville qu’elle s’est faite au viet-vo-dao. Mais même avec un pied en vrac, elle vient quand même. Motivées, nous sommes.
Le voyage en train passe bien plus vite que prévu, entre l’écoutage de mp3 sur les clés USB et les matages de live sur l’Anagrammateur, personnellement, je ne vois pas le temps passer, malgré l’envie d’une cigarette salvatrice qui me taraude le poumon (le gauche). Trois heures et demie plus tard, Bady et Vif d’or nous accueillent à la gare de Montpellier. Il fait une chaleur à crever. Rien à foutre, le concert, c’est demain.
Installation à la one again au camping, puis quelques courses histoires de se ravitailler en alcool et autres trucs de première survie, la journée s’achève relativement tôt – c’est qu’il faut être en forme pour le lendemain, et Ana et moi n’avons pas dormi depuis trente-six heures. Nous avons quand même eu le temps de faire un bisou à Lemoncurd qui passait une semaine de vacances ici, et de faire une petite balade sur la plage – mais nous sommes tellement fatiguées que nous manquons nous endormir sur le sable.
Deuxième jour : c’est le jour J ! Nous partons dès le matin après nous êtres douchées et avoir avalé un café en vitesse. Mes ailes sont en sécurité dans le sac d’Ana, j’ai une jolie robe blanche, nous sommes parées en matière de brumisateurs, bouteilles d’eau et crème solaire. La journée va être longue et ma peau de rousse rougit déjà à la perspective de faire la queue pendant des heures sous un soleil de plomb.
Nous ne voyons de Nîmes que ses arènes et le quartier avoisinant – coup de chance, nous pouvons nous garer dans le parking le plus proche, à deux minutes à pied environ, et sur le chemin, cafés, crêperies et autres nous assurent de ne pas mourir d’inanition avant le concert. L’attente commence, mais nous ne nous joignons pas au petit groupe de fans acharnés qui font déjà la queue devant les arènes – nous sommes arrivées sur le coup des onze heures, ils devaient être là depuis bien plus longtemps. A la place, un thé à la terrasse d’une crêperie s’avère un choix plus judicieux puisqu’il nous permet de nous rafraîchir – il fait déjà une température caniculaire et les nuages du début de matinée se sont faits la malle depuis un moment déjà.
Lorsque midi sonne, j’essaie de manger mais mon estomac est tellement noué que je ne peux avaler que la moitié de mon assiette, en me forçant. Je n’imaginais pas que ce puisse être possible un jour, mais je me sens nerveuse comme à un premier rendez-vous amoureux. J’ai les mains qui tremblent, le cœur qui bat à cent à l’heure et des papillons dans l’estomac. Je me fais pitié tellement je suis désolante – car j’en ai conscience, en plus – mais je n’arrive pas à me maîtriser. Les autres filles, Ana, Bady et Eva, ne sont pas mieux. En attendant, nous chantons – ça va durer jusqu'au début du concert.
Lorsque nous avons terminé de manger, nous nous dirigeons vers les arènes : les fans sont un peu plus nombreux, mais beaucoup d’entre eux patientent à l’ombre des arbres, exceptés quelques irréductibles qui restent dans la file, au soleil. Nous décidons de nous poster sous les arbres, avec un café climatisé dans notre ligne de mire. L’après-midi s’écoule lentement, ma tachycardie ne s’arrange toujours pas – elle ne cessera jamais totalement. Eva, qui marche avec des béquilles, finit par se décider à migrer vers le café, où elle attendra d’accéder au concert par l’entrée réservée aux handicapés. Nous nous relayons pour rester avec elle, tandis que les autres continuent de surveiller la file d’attente.
BlackNemesis et son copain arrivent plus tard dans l’après-midi – et joie, elle est aussi sympa en vrai qu’au téléphone. Un vrai bonheur, nous sommes toutes ravies de la rencontrer, et déçues qu’elle ne puisse pas venir avec nous au camping pour rencontrer Vif d’or et Lemoncurd qui ne sont pas venues au concert avec nous. Mais l’Homme casseur de Téfal bosse le lendemain et c’est lui qui a la voiture, hélas…
Puis, finalement, c’est le moment où les portes des arènes sont sur le point de s’ouvrir. La file d’attente est désormais bien plus longue, mais je repère une entrée près des ventes de t-shirts et je réussis à me glisser juste devant, gardant la place pour les autres, qui s’achètent tout un tas de trucs sympas que je ne peux pas me payer par manque de thunes – j’enrage, mais le plus important, c’est que j’ai ma place (encore heureux, ça doit bien faire cinquante fois que chacune d’entre nous vérifie que nous les avons bien) et que les portes ouvrent bientôt.
Gros rush à l’ouverture, les vigiles n’ont même pas le temps de fouiller nos sacs que nous sommes poussées vers l’intérieur des arènes par les fans qui se sont brutalement massés derrière nous – un bref coup d’œil derrière moi m’indique que la place est désormais noire de monde. J’ai vraiment bien calculé mon coup.
Puis, enfin, enfin, on nous laisse passer. Je ne cherche même pas à savoir où sont les autres, je pique le sprint le plus échevelé de toute ma vie pour atteindre les arènes – Bady est avec moi, les autres sont à la traîne. Et là, nous y sommes : le devant de la scène, encore vide pour le moment, est déjà investi par les fans, mais je réussis à me trouver une place au tout premier rang, contre la barrière, sur le côté droit – Ana nous a dit que c’était là qu’il fallait être pour voir le déjà mythique remontage de profiteroles de Dave, mais je suis déçue : Martin joue du côté gauche, malheureusement ce côté-ci de la scène est déjà plein à craquer. Et il est hors de question que je bouge de là où je suis. J’en profite pour enfiler mes ailes – et l’attente recommence. Eva a trouvé une place dans les gradins, près de la scène, Bady, Ana et BN sont juste derrière moi. Il fait chaud, j’ai mal aux pieds, je fume clope sur clope, et je sais que mes voisins vont me détester très bientôt à cause de mes ailes. Mais je m’en fous, ça commence bientôt. Mon cœur continue de battre la chamade.
Enfin, première partie – c’est bien, c’est sympa, mais malgré tout, j’ai hâte que ça se termine. Et je suis jalouse de la chanteuse qui a de gros ventilateurs sur scène pour la rafraîchir (et prendre la pose) alors que nous crevons de chaud, agglutinées dans le public.
Encore de l’attente. Ca crie de tous les côtés, ça s’impatiente, une ola s’est déclenchée dans toutes les arènes. Je reste zen – extérieurement.
Puis, l’intro du concert commence et là…
Rugissement phénoménal de la foule, le groupe entre sur scène, Andrew Fletcher en tête. Et pour une fois, il ne fait pas la gueule, au contraire, il a un sourire éclatant, on sent qu’il est heureux d’être là, il a une pêche incroyable.
Mais ce n’est rien à côté de Dave. Putain, Dave, quoi. Il ne s’est pas arrêté une seconde, et j’ai compris pourquoi Ana et Bady faisaient tant d’histoires de son fameux déhanché. Si je ne préférais pas Martin depuis mes neuf ans, je crois que j’aurais été dans le même état qu’elles. D’ailleurs, je l’ai été, pendant un instant – le remontage de profiteroles, rah ! J’étais juste en face de lui ! J’ai hurlé, je crois – comme tous les autres.
Oh oui, j’ai hurlé, j’ai chanté en chœur, j’ai répondu aux baisers que Dave nous envoyait. Les filles m’ont même soulevée au-dessus de la foule pendant Precious pour que Dave et Martin me voient – et ils m’ont vue, même si personne n'est monté sur scène ce soir-là. J’ai fait tout ça, et bien plus encore, et c’était franchement l’un des meilleurs concerts que j’aie jamais faits. Et j’en ai fait quand même pas mal durant ma folle jeunesse.
Mais le plus beau, c’est que Martin a chanté bien plus que d’habitude, et surtout, il a chanté Home. Et à ce moment-là, il y avait vraiment un ange dans les arènes. C’était plus fort que tout le reste, plus fort que Never let me down again, plus fort que Enjoy the silence où Dave ne chantait même plus et laissait le public faire. Bady m’a raconté plus tard que j’avais l’air en communion à ce moment-là – que si j’avais encore eu mes ailes, je me serais envolée jusqu’à la scène. Ca n’a pas été le cas, mais presque.
Ce soir-là, je suis tombée amoureuse d’un ange.
Je sais, c’est débile, c’est juste un délire limite puéril de fan, mais…Oui, à ce moment-là, il n’y avait plus personne autour de moi, il n’y avait plus Bady et Ana qui hurlaient derrière moi, il n’y avait plus Eva dans les gradins, il n’y avait plus BN dont j’ai appris plus tard qu’elle s’était sentie mal et avait dû rejoindre un siège. Il n’y avait plus que moi, et la voix de Martin. Quand ils ont quitté la scène après le dernier rappel, un bout de mon cœur est parti avec lui. C’est idiot, je sais – des tas de gens ont dû se sentir exactement comme moi. Mais je m’en fous. C’était – foutrement bon, je ne vois que ça. Presque mieux qu’un orgasme, à tel point que j’ai dû paraître complètement déconnectée après le concert. Je crois que je n’ai pas dû décrocher deux phrases cohérentes après ça.
Puis il a fallu rentrer, en essayant d’accrocher encore quelques bouts de rêve, de les garder un peu avec soi, pour ne pas oublier tout de suite, pour prolonger encore un peu la félicité du moment. J’en ai rêvé toute la nuit.
Troisième jour : Retour à la réalité. Eva doit rentrer à Paris, Ana et moi repartons le lendemain. En attendant, nous nous baladons dans Montpellier avec Bady, mangeons de la glace pilée à la mangue, et faisons un peu de shopping.
Puis le soir, nous emportons une glacière pleine de vodka et de quoi faire des diabolik violette et nous migrons vers la plage. Il y a deux amis de Bady, ses deux frères, Lemoncurd, Bady, Ana et moi. Ce fut décadent et mythique, et plein de bains de minuit à poil sous les étoiles, tout ça jusqu’à cinq heures du mat. Yeah. Dormi trois heures, et encore, pleine de sable et crevant de chaud, les conditions étaient loin d’être idéales.
Et voilà, c’est fini. Je n’ai pas pu dormir dans le train, j’ai pris trois douches aujourd’hui, et j’étais tellement naze que je n’ai même pas pu aller à l’anniv de ma femme.
Mais peu importe. C’était chouette, putain, et je recommence n’importe quand.
En attendant, Bady vient fin septembre chez moi, et s’il n’y a pas de concert de DM, il y aura quand même le jeu de rôle, les bars et les soirées goth à lui faire découvrir. Ca promet, et ça compense quand même un peu…